Le marché du vélo en France entre dans une nouvelle dynamique. À première vue, les chiffres du marché du vélo en 2025 peuvent sembler préoccupants avec une baisse de 6 % sur un an, et de 30 % par rapport au pic post-Covid. Les ventes de vélos à assistance électrique (VAE) chutent, elles, de 16 %. La filière s’inquiète, à juste titre, du recul des aides publiques à l’achat.
Pourtant, à y regarder de plus près, ces chiffres racontent autre chose. La réparation bondit de +10,5 %. La seconde main progresse de +14 %. La fréquentation cyclable progresse de +5 % en 2025. Le gravel enregistre +18 % de ventes. Et les vélos enfants repassent dans le vert (+2 %) après douze ans de baisse.
Ce n’est pas un marché qui s’effondre. C’est un marché qui se transforme. Cette transformation a des implications concrètes pour tous les acteurs qui équipent les territoires, les entreprises et les espaces publics.
Ce que disent les chiffres de l’Observatoire du Cycle 2025
Présentée le 24 avril 2026 au salon Vélo in Paris, la 27ème édition de l’Observatoire du Cycle de l’Union des entreprises sport & cycle (UESC) dresse un tableau contrasté de la filière.
1,836 M
vélos vendus en 2025
–6 % sur un an
–16 %
pour les VAE
recul des aides à l’achat
+10,5 %
de réparations
secteur en forte hausse
Sur le front des ventes, le recul est réel et la filière ne le minimise pas. Patrick Guinard, Vice-Président de l’UESC, a tenu à en identifier la cause principale : le désengagement progressif des aides publiques à l’achat, qu’il juge « incompréhensible » au regard des enjeux de mobilité durable. Sa conclusion était sans ambiguïté : « on va continuer à se battre pour ce marché exceptionnel ».
Mais au-delà des VAE, certains segments résistent ou progressent. Le gravel — vélo polyvalent route/chemins — confirme son ancrage avec +18 % de ventes, signe d’une pratique qui se diversifie. Les ventes de vélos enfants repassent dans le vert (+2 %) après douze années consécutives de baisse, ce qui suggère que la pratique se transmet à la génération suivante. Enfin, la production française rebondit, portée notamment par le segment VAE où un vélo sur deux vendu en France est désormais fabriqué sur le territoire.

L’autre face du tableau : la réparation et les usages explosent
C’est là que réside le vrai paradoxe — et il est riche d’enseignements. Pendant que les ventes de vélos neufs reculent, les Français continuent de pédaler, et ils entretiennent davantage leurs vélos.



La réparation, nouveau moteur de la filière
Avec +10,5 % de réparations en 2025 (UESC), le secteur de l’entretien s’impose comme le vrai moteur de croissance de la filière. Ce chiffre fait écho aux données de l’étude ADEME publiée en avril 2026 : en 2024, les professionnels ont effectué 5,9 millions de réparations en France, soit une progression de 32 % depuis 2019. Résultat : on répare désormais en France trois fois plus de vélos qu’on n’en vend de neufs.
Ce basculement n’est pas anodin. Il indique que le parc de vélos en circulation — estimé à près de 17,6 millions d’unités — vieillit et nécessite un entretien régulier. C’est exactement la dynamique qu’a connue le marché automobile : quand les ventes ralentissent, les services de maintenance prennent le relais.
La seconde main se structure
La progression de +14 % du marché de l’occasion témoigne d’une autre évolution de fond : les cyclistes cherchent à prolonger la durée de vie de leurs équipements plutôt qu’à les renouveler. Plateformes spécialisées, revente en magasin, circuits courts — la seconde main vélo se structure à grande vitesse.
Les usages, eux, ne fléchissent pas
Les comptages sur les aménagements cyclables confirment une fréquentation en hausse de +5 % en 2025 par rapport à 2024, avec une progression homogène entre zones rurales, villes moyennes et métropoles. La pratique s’est durablement installée dans les habitudes de mobilité, indépendamment du marché de la vente.
Le stationnement : +44 % de places en 3 ans
C’est l’un des chiffres les plus parlants de l’étude pour les acteurs de l’équipement cyclable : les places de stationnement vélo ont progressé de 44 % entre 2022 et 2025 en France, notamment sous l’impulsion du décret LOM sur les gares.
Dans le même temps, le linéaire d’aménagements cyclables atteignait 86 600 km, soit une hausse de 14 % par rapport à 2022 — avec un objectif national fixé à 100 000 km de voies sécurisées d’ici 2030.
Ces progressions témoignent d’une tendance structurelle : les investissements publics suivent l’usage. Mais l’étude souligne aussi que des marges d’amélioration importantes subsistent selon les territoires — en particulier dans les zones périurbaines et les villes moyennes.
L’étude ADEME 2026 « Impact socioéconomique des usages du vélo en France » analyse en détail l’ensemble de ces dynamiques : progression de la pratique, économie de la filière, bénéfices territoriaux et sanitaires.
Ce que ce paradoxe révèle pour les territoires
Ce découplage entre ventes et usages n’est pas une anomalie conjoncturelle. C’est un signal structurel que les collectivités, les employeurs et les gestionnaires d’espaces ont tout intérêt à prendre en compte dans leurs décisions d’investissement
| Signal du marché | Implication pour les territoires |
| Plus de vélos en circulation, vieillissants | Des stationnements couverts et sécurisés qui répondent à deux enjeux simultanés : limiter le vol et prolonger la durée de vie des vélos en circulation. |
| Réparation ×3 et seconde main +14 % | Des vélos vieillissants en circulation pertinence accrue des stations multiservices (gonflage, réparation) sur les sites à fort trafic cyclable : gares, entreprises, itinéraires touristiques |
| Variété de modèle en circulation | Systèmes de stationnement flexibles et adaptables à différents gabarits (vélos cargo, VTT, gravel, VAE) |
| Usages en hausse sur tous les territoires | Des besoins qui ne se concentrent pas uniquement dans les grandes métropoles → les villes moyennes et les bourgs ruraux doivent aussi s’équiper. |
| VAE –16 % en ventes neuves | S’interroger sur les freins : prix, vols, dégradations. Noter également que le parc de VAE existant continue de rouler. Les bornes de recharge sécurisées restent un investissement pertinent pour les gestionnaires de sites. |
Le rôle des collectivités face au recul des aides à l’achat
Parmi les facteurs explicatifs, la filière cite en premier lieu le recul des aides publiques à l’achat, notamment pour les VAE. Cette évolution a contribué à freiner les volumes de ventes, avec des répercussions sur la distribution : le secteur a enregistré la fermeture de près de 150 points de vente en 2025. Paradoxalement, alors que les ventes de VAE neufs reculent de 16 %, le marché de la seconde main global progresse de 14 %. Un signal fort que l’attachement au vélo électrique reste fort, même quand l’achat neuf devient moins accessible.
Pourtant, les collectivités continuent d’investir dans les infrastructures, indépendamment de ce cycle de marché. Et c’est précisément là que réside leur rôle : les équipements cyclables (stationnements, abris, services) ont un effet durable sur la pratique, bien au-delà des effets conjoncturels des aides à l’achat. L’étude ADEME le démontre chiffres à l’appui : les collectivités qui ont investi dans les aménagements cyclables observent une progression durable des usages, qui résiste aux fluctuations du marché de la vente.
💡 Financements disponibles en 2026
Plusieurs dispositifs restent actifs pour soutenir vos projets d’équipements cyclables cette année :
- Fonds vert 2026 (837 M€) : mesure mobilités durables rurales (30 M€) et qualité de l’air (10 M€) — deadline 31 décembre 2026
- CEE via programme AVELO 3 : prise en charge jusqu’à 50 % des équipements éligibles pour les lauréats.
- Des initiatives locales comme le financement de la ville de Paris ou de la région Bourgogne Franche Comté.

Sources :
